Regards sur l'exposition COLLECTOR (Tri Postal -Lille). Voir l'album ci-contre.
Bienvenue sur le blog de Francis Campagne !
Regards sur l'exposition COLLECTOR (Tri Postal -Lille). Voir l'album ci-contre.
En ce qui me concerne le 11 septembre 2001 est assez mémorable car c'est mon premier (et dernier, ouf !) rendez-vous à l’ANPE ... La catastrophe, car je ne rentrai dans aucune de leurs cases, et la nana toute gentille me dit en sortant: "Ca va être dur pour nous de vous trouver du travail...". En rentrant chez ma mère (et oui, j'y étais retournée...), j'ouvre la TV et vois les tours s'effondrer en live... Sale journée...
Isa
Une journée ordinaire au lycée, il faisait beau, c'était la rentrée. En sortant à17h, ma mère est venue me chercher. On se raconte nos journées et je mets la radio. Ni elle ni moi ne savions ce qui c'était passé et, en écoutant les informations, on ne savait plus quoi dire. Pas un mot durant tout le trajet, qui a duré une éternité. Quand nous sommes arrivés à la maison, mon père était scotché devant la télé, on s'est juste dit bonjour et on l'a rejoint sur le canapé. La surprise était telle, les images si violentes et paraissaient tellement irréelles... La soirée fut silencieuse et gravée dans ma mémoire.
Pierre-Alexandre
J'étais aux Etats-Unis, effondrée aussi! Je n'aspirais qu'à une chose, rentrer chez moi, et retrouver mes proches! Il faut avoir vu New York et les tours pour s'imaginer l'ampleur des dégâts! Ca m'insupporte, tous leurs reportages!
Emilie
Une journée de lycée, peu après une rentrée en 1ère...
Entre deux cours, certains profitent pour sortir les portables, comme d'habitude... Puis les rumeurs commencent à circuler: « Il paraît que c'est la guerre ; deux avions se sont écrasés..." Plein de questions fusent dans ma tête, je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi pour comprendre ce qu'il se passe! Quand j'ai vu les images, j'étais incapable de bouger ou parler ! Ce soir-là, quand je me suis couchée, quelques larmes ont coulées...
Emilie
Au travail... à ma pause... j'allume la télé !
J’entends des sirènes... les images qui défilent ne sont qu'une vision d'horreur...j'essayer de comprendre !
J'avais saisi le sens, je me suis assise et les larmes se mirent à couler...
Moi, à 17h00, je sortais d'une journée de formation quand j'ai allumé mon autoradio. Arrivé chez moi, je me suis statufié devant ma télé pendant près de trois heures. J'avais visité le World Trade Center en avril 2000 et mangé au restau du sommet de la Tour Sud avec ma famille...
Francis
Moi j'étais au travail, une cliente venait payer sa facture, je revois exactement son visage lorsque la radio a annoncé ce terrible événement, on s'est regardé et en même temps on a dit : "C'est affreux ce n'est pas possible" !
Valérie
Pour moi une journée vraiment funeste, je suis allée dire au revoir à Francis au funérarium, puis, rentrant, je pensais me détendre devant la télé… vision d'horreur !!!
Laetitia
Moi je venais d'être nommée dans un nouveau lycée. J'étais enceinte de mon deuxième. C'était une journée off mais bien occupée à préparer mes cours. C'est pour ça que j'étais installée sur la table du salon avec mon ordi et des papiers partout. La télé était allumée en fond sonore. Stupéfaction quand j'ai vu le flash spécial et les images qui ont tourné en boucle jusqu'au soir. Impossible d'éteindre la télé. Un coup de fil de ma belle-sœur au boulot qui m'a demandé : "C'est vrai ? C'est la guerre ?".
Aujourd'hui, 10 ans après, je suis toujours dans le même lycée. Mon fils va avoir 10 ans. Mais la télé va rester éteinte jusqu'à
l'heure du film de ce soir. Je ne veux plus revoir ces images ni écouter tous ces témoignages convenus : "Le terrorisme, c'est mal. La guerre c'est moche." En est-il un pour penser le contraire ?
Bush ?
C'est un peu réducteur, je sais.
Hélène
Dans la série « Y a jamais rien à la télé »…
- dimanche 3 juillet 2011 : Le Monde de Nemo & James Bond contre Dr. No
- lundi 4 juillet 11 : Les promesses de l’ombre
- mardi 5 juillet 11 : 8 femmes
- mercredi 6 juillet 11 : La possibilité d’une île
- jeudi 9 juillet 11 : L’armée des ombres & La trêve
… sans chaînes payantes.
1981, pas de francs souvenirs de la victoire de la gauche, ou alors brumeux. A 22 ans, j’étais trop jeune pour en être, moi en tout cas. Surtout quand on sort juste et non sans difficulté d'une famille droite-catho qui, ouvrière et laborieuse, vénère le patron, considère le syndicaliste avec méfiance, regarde la gauche comme s’il s’agissait d’une bande de mécréants apte à foutre le bazar. En fin de compte, on respectait docilement le suffrage universel.
1981, quelques images et sons quand même. Des voitures qui klaxonnent à la télé. Des foules en liesse Place de la Bastille. J’adore les grandes villes où ce tintouin peut exister. Il semblait si lointain, cet autre monde, à l’époque. Et ce Mitterrand qui surgit, lent et noble. Et s’il était bien, cet homme rassurant et cultivé ? J’avais détesté Giscard, la peine de mort, le pull-over rouge. 22 ans, je n’ai sûrement pas voté Giscard mais j’espère quand même, je ne me souviens plus, que j’ai donné une voix à Mitterrand. Qui peut me le dire ? La joie des vainqueurs me revient encore. Dans les petites villes, pas de ça. Où étais-je donc, ce 10 mai-là? Dans l’insouciance qui se dissipait.
Mitterrand, je ne savais pas qu'il marquerait un peu ma vie. Pas autant qu'Arno ou Woody Allen ou le musée Guggenheim de Bilbao. Le président, je l'ai rencontré deux fois et ça s'est passé dans une gare, et à Lille. D'abord pour l'inauguration de Lille-Europe en 1994, cet effrayant édifice de béton où l'on gèle l'hiver dans les vents de glace qu’elle convie. Belle dehors, hideuse dedans. J'étais là pour une pige. Derrière les rangs de personnalités, je tirais quelques photos, notais quelques phrases sans écouter vraiment, tout content d'être à deux pas d'un Président de la République.
L’autre rencontre eut lieu un an plus tôt. A Lille sortait en grandes pompes le film Germinal de Claude Berri. Le chanteur et presque-acteur Renaud, Depardieu, Miou-Miou, Jean Carmet, les figurants, le gratin et des brochettes de journalistes étaient attendus au Nouveau-Siècle, pour une avant-première régionale. Un chevalet de mine avait été érigé sur le parvis. A la gare Lille-Flandres, une fanfare accueillait le TER déversant les figurants fiers aux larmes… Hasard, coup de chance, je me retrouvais sur un autre quai où s’arrêtait doucement un TGV venu de Paris. François Mitterrand en sortit, loin de l’agitation qui le guettait, un peu seul mais pas pour longtemps. Je le saluai timidement puis le suivis. Entouré de son staff, il remonta tranquillement la Rue Faidherbe et rejoignis l’aréopage.
Personne ne m’a alors soufflé à l’oreille qu’une quinzaine d’années plus tard j’aurai définitivement choisi mon camp, que 1981 glissait ce bonhomme à chapeau dans mon cercle intime, avec sa biographie, ses aventures, sa belle élocution, et les images qu’il a gravées dans le conscient de chacun.
Francis CAMPAGNE
Lilas gratta d’un ongle vague la tâche de café séchée sur la nappe. De l’autre main, elle se massa la nuque lentement, sous ses cheveux d’or factice. La cigarette qui agonisait dans le cendrier ne lui faisait plus envie. Elle s’amusa à regarder la fumée dont le filet tout droit se perdait sous le plafond de l’appartement. Tournant la tête vers la droite, elle contempla une fois de plus la grand-place. Le crachin noir donnait plus d’éclats aux illuminations secouées par le vent, aux sapins qui faisaient les fiers le long du balcon de l’hôtel de ville. Les chalets du marché de Noël et la patinoire installée pour les fêtes de fin d’année semblaient abandonnés. Chacun avait sûrement affaire à pousser un dernier caddie, trimballer des mômes, embrasser une aïeule, donner des coups de pied à un pneu crevé, pleurer dans un aéroport, se diriger vers le réveillon. Seule à trente-sept ans un soir pareil. Le bilan d’une vie ? Autant aller prendre l’air.
Ce froid mouillé qui râpait le cou n’avait rien d’une invitation à traîner dehors. Tout juste quelques ombres glissaient-elles le long des vitrines dont certaines clignotaient comme des discothèques plutôt que de jeter leur rideau de fer à la face de l’intempérie. Lilas se laissa faire par la caresse glacée qui lui triturait l’échine. La solitude proposée par la rue lui plaisait car rien n’entravait sa liberté, comme la contrainte de parler, de sourire ou de partager des horreurs apéritives. Un bistrot l’attira. Qui pouvait bien s’amarrer là maintenant ? Elle entra. Cela sentait la chaussure humide, et un mélange de pisse et de désodorisant trop fort. On lui fit comprendre qu’on fermait dans quelques minutes. Elle négocia une coupe de champagne. Le patron incrédule lui dit qu’il n’ouvrait pas de bouteille à une heure si tardive. Les deux clients rigolèrent.
« Combien pour la bouteille ?
- Quatre-vingt euros.
- Okay. Je bois ma coupe et j’emmène ce qui reste avec moi. »
Elle trinqua avec les trois hommes qui, finalement, trouvaient ça agréable et auraient une anecdote à raconter ce soir et demain et après-demain. Cette jolie femme seule avec son air las qui claquait quatre-vingts euros comme ça. Le cafetier avait accepté qu’elle emmène sa coupe à moitié pleine à condition qu’elle la rende plus tard. Elle remercia et plongea à nouveau dans les tourments glacés.
En errant devant un magasin de meubles luxueux, sirotant son verre, elle le vit. Il était assis sur des cartons, emmitouflé dans des couvertures à carreaux. Une barbe mal taillée, de grands yeux et une sorte de bonnet en grosse laine comme ceux des filles. « Une p’tite pièce mam’zelle ? ». Pourquoi son ton de voix, son regard trouble, sa moufle trouée l’avaient-ils stoppée net ? Avec le recul, elle ne savait même plus comment ce type s’était levé, avait laissé son maigre bazar devant cette vitre protégeant des lits de prince et des canapés en cuir de bête rare. En fait voilà elle l’avait invité à venir se mettre au chaud chez elle, se disant qu’elle faisait sûrement une grosse connerie, qu’elle attraperait la gale et des poux, ou serait violée avant l’aube.
Il la suivit, sans trop dévoiler ses intentions, sans gêne ni empressement ni joie, et cette neutralité n’indiquait rien de lisible, de risqué ou de pas risqué. Mais Lilas ne croyait pas que les assassins couraient les rues ou qu’ils ressemblaient à ce malheureux.
Elle lui proposa d’aller prendre un bain. Il ne le prit pas mal, répondit qu’il trouvait cette idée plutôt cool. Lilas ne put empêcher un sourire métallique, imaginant la tête de ses copines Satch et Florence, de son père et de sa mère et de cet imbécile de Jean-Jean s’ils savaient ce qui se tramait ici avec cet inconnu en train de se foutre à poil avec sa crasse et ses habits pourris. De la salle de bain ne provenait aucun son… Manquait plus qu’il se noie, l’aventurier. A choisir, ce serait mieux qu’il s’endorme. Lilas trouvait le temps long. Elle finit le champagne du bistrot. Choisit un disque de Nils Landgren après avoir hésité devant une compilation lounge désespérément creuse. Installa quelques bougies par-ci par-là. Décongela du pain de son. Lutta contre la languette en caoutchouc d’un pot de foie gras et, après la victoire, découpa l’appétissant bloc couleur caramel sur une assiette blanche. Puis se trouvant seule, elle se demanda de combien de temps avaient besoin les pompiers pour surgir dans l’escalier un soir de réveillon.
Il réapparut bien vivant, dans l’encadrement de la porte, pas très à l’aise dans les fringues qu’elle lui avait trouvées, un tee-shirt noir trop grand pour elle, un jean qui appartint à son frère. Sa beauté lui promena une courte électricité dans le bas-ventre ; elle se demanda si le champagne ne lui jouait pas un tour. La barrière entre elle et cet homme semblait bien fragile, prête à s’effriter. A cet instant, le sans-domicile-fixe, tu parles d’une expression, annonça qu’il n’en était pas un mais journaliste, qu’il s’appelait Philippe et bossait sur un bouquin consacré à ceux qui vivent dans la rue. L’expérience consistait à passer Noël dehors dans la peau d’un sans-abri. Quand Lilas l’avait invité à la suivre, il s’était dit que l’étude avait assez duré, qu’il remettrait ça à Nouvel An. Les fesses qui gèlent sur la pierre du trottoir. Les doigts et les orteils qu’on ne sent plus. Le temps interminable, insondable et perdu. Le gouffre de l’inexistence qui se referme.
Lilas alla rechercher une bouteille de champagne et demanda à Philippe de les débarrasser du bouchon, elle et la bouteille. Alors qu’il emplissait la flûte de mousse en vadrouille, elle se plaqua contre son dos et l’enferma dans ses bras, les deux mains sur sa poitrine. La question de savoir si elle aurait agi ainsi avec un vrai clodo lui donna un peu de rouge au front ; elle se répondit merde car n’en savait foutrement rien. Leurs vêtements se retrouvèrent sur le plancher. Eux aussi. La neige envahissait la grand-place totalement déserte qui se donnait en spectacle en vain à la fenêtre.
Vers huit heures du matin, elle en eut l’idée en descendant acheter du pain. Le boulanger d’en-bas, la porte de son atelier restée ouverte sur la rue offrait à voir un grand panier plein à ras bord de croissants, pains au chocolat, et autres trucs chauds, odorants, dorés comme peau de fin août. Lilas regrimpa les escaliers quatre à quatre, débusqua Philippe qui fumait tranquillement en regardant dehors. Il s’emballa pour le truc, lui rappelant quand même qu’elle était givrée.
Emmitouflés dans des bonnets et écharpes, ils pointèrent le nez dans l’atelier de la boulangerie. Personne. Ils empoignèrent le panier de viennoiseries et filèrent en courant, ne pouvant s’empêcher de rire comme les gosses qui se barrent après avoir sonné aux portes, pour échapper à la fessée. Dévalant les petites rues de la vieille ville, ils échouèrent dans le jardin qui jouxtait l’église. Sous la tour de pierre, entre les arbres nus, se dressaient d’incompréhensibles cabanes en carton, bâches trouées, toiles miteuses. A bout de souffle, Lilas et Philippe posèrent leur cargaison sur le sol mi-gelé mi-humide, usé par l’attente. Des loques se soulevèrent, des yeux puis des visages apparurent, une vieille dame même. Certains reconnaissaient Philippe, d’autres non. « Joyeux Noël les gars », il leur dit. La distribution fut rapide. Le panier vide alla disparaître derrière une haie de buis.
Le soleil décida de traverser les nuages bleu foncé comme le sont certains yeux de femme. Il éclaira quelques minutes la ville qui s’éveillait avec ses gosses courant vers les sapins, ses gueules de bois, ses travailleurs du 25 décembre et les autres qui tentaient de respirer.
Francis CAMPAGNE
24 décembre 2010
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